Pour Emmanuelle Léonard, les photographies sont des expressions de forces sociale, culturelle et politique/d’enjeux sociaux, culturels et politiques. Travaillant avec la photographie, la vidéo, le film, l’animation et même le support journal, elle explore les conventions de la photographie documentaire, de presse et médico-légale, ainsi que celles de la surveillance vidéo. Avec chaque nouveau corpus d’œuvres, Emmanuelle questionne des notions telles l’autorité légale et artistique, ce qui constitue une preuve, et les perceptions de la beauté. Ces œuvres traitent de la nature persuasive de l’image photographique, de la manière dont elle influence l’esprit des jeunes, de sa capacité à relayer le pouvoir et à agir comme preuve impartiale dans nos systèmes judiciaires, nous incitant à nous demander qui réalise les photographies, pour qui et à quelles fins.
Portfolio
Les citoyens, manifestation, 15 mars 2009
Contrastant avec les images médiatiques de manifestations qui mettent l’emphase sur les affrontements entre la police anti-émeute et les manifestants, ces photographies s’intéressent aux agents de police eux-mêmes. Si le grand format créé une impression de monumentalité, les gros plans de visages derrière les masques de protection humanisent en quelque sorte les agents, tout comme le fait le titre Les citoyens – ce sont des portraits d’hommes au travail, soulignant l’idée d’une société civile.
Assemblée nationale du Québec
Provenant des archives du Palais de justice du Québec, ces images ont été prises par un photographe de la police retraçant les pas du tireur Denis Lortie. Le 8 mai 1984, Lortie a fait irruption à l’Assemblée nationale du Québec, faisant trois morts et treize blessés parmi les employés du gouvernement. En reproduisant les photographies sur un support journal, et en les disposant dans le même ordre que la séquence d’archives, Emmanuelle montre combien elles sont différentes des photos de presse.
Une sale affaire
Pour Une sale affaire, Emmanuelle fait usage des conventions à la fois de la photographie de police et du journalisme à sensation. Alors que les photographes de la police ont appris à prendre des photos qui ne s’adressent pas aux émotions, les images du photographe de presse doivent accentuer la nature du crime ou de l’accident. Les titres simples et descriptifs donnés à ces vues impartiales d’événements violents nous conduisent à scruter les images (en vain) à la recherche de preuves visuelles ou de détails titillants.
Paysage statistique
En vue de la réalisation de cette œuvre, vingt employés représentant les vingt secteurs d’emploi à Toronto se sont fait demander de prendre des photographies de leur espace de travail, en absence des employés. Dans l’installation, la taille de chaque photographie est proportionnelle au nombre de travailleurs du secteur qu’elle représente. Les images révèlent les réalités singulières et idiosyncratiques qui existent au-delà de nos catégories et systèmes sociaux.
L’exposition du prix Grange 2012
Une sélection des œuvres de Emmanuelle Léonard est exposée dans le cadre du prix Grange 2012 au Musée des beaux-arts de l’Ontario jusqu’au 6 janvier, 2013.
Sur la beauté et la laideur en photographie
Dans cette vidéo, tournée dans une école secondaire de Montréal, Emmanuelle demande à des adolescentes de décrire ce qu’est une belle photographie et ce qu’est une photographie laide. Tandis que les filles bafouillent, s’efforcent maladroitement de formuler leurs réponses, l’on se rend compte à quel point les standards de la beauté – tels que livrés au moyen d’images photographiques – peuvent être puissants, et combien il est difficile de trouver des mots pour décrire une image, sans parler d’une image qui existe dans notre tête.
Resguárdeme
Ici, une caméra de surveillance dissimulée sous son chapeau, Emmanuelle arpente les rues de Mexico, s’approchant d’agents en uniforme, dont quelques-uns des 12 000 gardiens de sécurité privés de la ville. À mesure que l’œuvre se déploie, il devient difficile de distinguer un agent de police d’un gardien en uniforme, ou encore d’un criminel. Cette œuvre poursuit ainsi l’exploration qu’effectue l’artiste des structures de sécurité, de protection, et de contrôle
Bio
Emmanuelle Léonard est née en 1971 à Montréal, Québec, où elle vit et travaille. Elle est détentrice d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia et d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Elle compte à son actif plusieurs expositions personnelles et de groupe, notamment à Montréal, à Toronto, à Québec, à Berlin et à Paris, et a récemment participé à la Triennale de Québec 2011. Léonard a été la lauréate 2005 du Prix Pierre-Ayot, qui reconnaît l’excellence dans les arts visuels à Montréal.